dimanche 13 avril 2008


Au début. Au début on écoute, parce qu’on ne sait pas comment ça va être, on ne critique pas, on ne s’imagine pas, on écoute juste, on observe, parce que c’est le début et qu’il faut comprendre quels présupposés nous font décoller de l’inhumanité. D’abords les rires et les pleurs, c’est le plus facile, le plus simple, le plus touchant, le plus accessible. Ensuite commencent les mots. Les mots sont d’abord utiles, on ne commence pas par la poésie, la poésie est une bifurcation en bout de course, elle n’est pas le bonjour de tous, elle n’est pas dans les gueules hypocrites des hypocrites, la poésie est une bifurcation. « Les mots sont d’abords utiles » : ils cherchent à vous témoigner par là que votre bouche ne les manipule pas aussi facilement que ce qu’elle peut vouloir : elle s’en sert comme ils peuvent servir, mais ils ont déjà choisi pour elle, en ne lui proposant pas l’illimité mais son presque. Aztiforlake, je me sens profondément aztifolake, vous ne me souriez plus, vous ne pleurez plus. Nous avons tout finit ici. Les mots nous apprennent donc ce que nous avons à apprendre pour devenir humain, pour devenir ce qui pourra devenir, pour que l’on puisse nous rire ou nous pleurer dans les poches, comme les pièces pleurent. Les pièces ne nous apprennent rien, mais à cause de cette proximité voisine de leur sonorité aux mots, de l’ambiguïté d’un accaparement nécessaire a notre humanité, le sou est aujourd’hui grandement surestimé par l’homme à prétention sociable.
Quels mots avons-nous à inventer ? Que devons-nous enseigner de force ? La question est toute politique, puisque le contenu ne l’est pas. Qui décide de l’enseignement ? Pas le lecteur, puisqu’il ne saisit l’intérêt qu’après la lecture, pas l’éditeur, parce qu’il a opté pour la mauvaise ambiguïté qui unit le sou aux lettres. Il semble alors qu’il ne reste plus que moi, et je me sens alors condamné à la charge de vous sauver, moi qui suis si innocent, moi qui connais si peu de mots, moi qui fuit si doucement l’argent… Notre aventure commence mal, l’enseignement se déconstruit aux premières lignes. Laissons alors les lettres parler, en bons didacticiens fatigants et perdus.
La douche du sal PD. Ca doit vouloir parler d’un PD. Si Sainte-Beuve était là, enfin, si le critique qu’il fût avait eu l’être auquel il prétendait, il vous affirmerait que je suis, moi, les lettres, le PD sal. Mais attention, je vous ai déjà dit, et vous me faites répéter, que les lettres enseignent sans êtres réfléchies, qu’elle manipulent plus qu’autre chose, qu’elle vous font rire et pleurer parce que vous avez choisi, choisi par soucis de grandir ou d’autre chose. Puisque les lettres nous ont trompés quand nous avons choisi de les prononcer, tout sens est il saisissable ? Y a t il un intérêt a trouver une lecture à ce qui a décidé de se faire lire ainsi ? Ne faut il pas se refuser d’expliquer, et créer à la place ? Peut-on créer sans expliquer, sans s’expliquer ? Quoi que l’on fasse, tout reste dans le mot. Peu de gens vous répondent à l’inhumaine question « ca va ? » en chantant la valse d’Amélie poulain, et ce en partie parce qu’une valse ne se chante pas. Ici encore, les mots nous ont fermé à des situations où la sortie reste à écrire. SORTIE. Rien n’a changé, c’est l’illusion du mot, on aura essayé.
Alors qui prend sa douche ?
Non. La question n’est pas celle-ci. Il y a une hiérarchisation des approches que l’homme a des lettres. La question est pour l’instant pourquoi cette association. Le comment viendra après, mais la curiosité vient avant. Pourquoi cette association ? Y a t il un sens aux associations de mots ? Même plusieurs sens, les mots peuvent ils être des médias, des moyens de communication ? Leurs assemblages sont une tentative d’affiner un mot, par d’autres, un affinage jamais finit, le mot ne peut pas tuer la distance qu’il y a entre le mot et le cœur. En fait, c’est la pulsation cardiaque qui n’est pas transcriptible graphiquement : l’éléctrocardiogramme ne sait saisir le temps, pas plus que la lettre s’en donne la prétention à tort, le temps est infiniment continu, la lettre ne l’est pas. Pourquoi cette association ? L’évidence ! Quelle question ! La douche : c’est ce qui lave. Le sal PD, c’est celui qui va être lavé. La lettre ne nous dit pas si le PD est lavé ou pas. Peut être qui l’est, et qu’il est encore sal. Peut-être que sa saleté n’est pas celle de la douche, et qu’il s’est tout simplement trompé de sauveur. La lettre ne nous dit pas ce qui s’est passé. Le titre n’est pas assez affiné. Peut-être que c’est le but d’un titre, questionner l’affinement : jusqu’où doit on affiner le mot pour qu’il prenne sens ? Si l’on ne sait pas l’état de la douche, on ignore aussi la saleté du PD. Est il sal au sens figuré ? Est il sal parce qu’il vient de faire un match de rugby entourés d’hommes virils et musclés et qu’il l’ont plaqué dans la boue, la tête entre ses jambes ? Tout ça, le mot ne nous le dit pas. Ouvrons alors le livre.
En ouvrant le livre, de toute notre curiosité, nous reprenons la démarche décrite précédemment : comprendre le mot, pour se l’approprier et rentrer dans une discussion que le mot a choisie pour nous. Qu’allons nous être obligé de vivre en ouvrant le livre ?
Une douche.

5 commentaires:

Chumel a dit…

mais pourqu'oi pas un bain carrément...
On nous payera le kérosène

Teclado e Mouse a dit…

Hello. This post is likeable, and your blog is very interesting, congratulations :-). I will add in my blogroll =). If possible gives a last there on my blog, it is about the Teclado e Mouse, I hope you enjoy. The address is http://mouse-e-teclado.blogspot.com. A hug.

Chak' a dit…

N'oublie pas le sens caché de certains mots : Un simple bonjour, n'est pas le même que j'accorde à un vendeur de magasin, que celui que je donne à une personne que j'aime.
Tout est illusoire à défaut de nous avoir montré le contraire.

Fabien* a dit…

Des mots, des mots, toujours des mots...
(cela suffira pour exrimer l'indicible)

spiris a dit…

très bien la photo ! c'est exactement le genre onirique dont je t'avais parlé pour illustrer tes textes.
Bonne continuation ;)